Obiang Jr: procès d’un enfant gâté

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Reprise ce lundi à Paris du premier procès des “biens mal acquis”. Objet des débats: le patrimoine colossal du flamboyant fils et dauphin du président de Guinée Equatoriale.

Le serpent de mer des “biens mal acquis”, ou BMA, refait surface. Initialement programmé en janvier dernier, reporté à la demande de la défense, contre l’avis du Parquet national financier, le procès de l’actuel vice-président de la Guinée Equatoriale Teodoro Nguema Obiang Mangue -le premier du genre- reprend enfin ce lundi 19 juin devant la 32e chambre du Tribunal correctionnel de Paris. Et devrait, sauf coup de théâtre, s’achever le 6 juillet, au terme d’une série de neuf audiences. Le tout en l’absence, comme il se doit, du principal intéressé. 

PORTRAIT >> La vie de nabab d’Obiang Junior  

Que reproche-t-on à ce flambeur impénitent de 47 ans, mis en examen dès 2014 ? De s’être octroyé frauduleusement un patrimoine phénoménal, en puisant dans les caisses de son pays, petit émirat pétrolier d’Afrique centrale dont les trois-quarts des 845 000 citoyens végètent sous le seuil de pauvreté. Un patrimoine constitué notamment sur le territoire français.  

Des dossiers brûlants

Plus précisément, celui que l’on surnomme au choix “Teodorino” ou “Teo” est poursuivi pour “blanchiment d’abus de biens sociaux”, “détournement de fonds publics” et “abus de confiance”. La procédure, déclenchée par les plaintes émanant des ONG anti-corruption Transparency International et Sherpa, a donné lieu à une intense guérilla juridique et judiciaire.  

La portée symbolique de cet épisode va bien au-delà de la peine maximale encourue en théorie, à savoir dix ans d’emprisonnement et 50 millions d’euros d’amendes. D’autant que d’autres enquêtes visent, sur le même registre, la famille Bongo au Gabon et l’autocrate congolais Denis Sassou-Nguesso. Diplomatiquement délicats, ces dossiers attisent les braises d’un débat récurrent portant sur le concept d’immunité, mais aussi sur la légitimité, pour la justice française, de juger -et condamner le cas échéant- des “hommes d’État” étrangers. 

Car le flamboyant Teo n’est pas qu’un jet-setter compulsif. Il est aussi et surtout le fils et dauphin présomptif du président équatoguinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, lui-même parvenu au pouvoir à la fin des années 1970 au prix d’un putsch politiquement fatal à son oncle. Il a été réélu en avril 2016 pour un cinquième mandat avec 93,7% des suffrages, à la faveur d’un scrutin boycotté par l’opposition ou ce qui en tient lieu. Couvé par sa mère, l’influente Constancia Mangue de Obiang, l’héritier aura occupé tour à tour les fonctions de ministre de l’Agriculture et des Forêts (1997-2012), puis de “deuxième vice-président”. Titre qui n’apparaît nulle part dans la Constitution, mais qu’Obiang Junior avait invoqué pour revendiquer une immunité salvatrice. En vain, la Cour de cassation estimant que les détournements incriminés avaient été commis “à des fins personnelles”. Difficile de soutenir le contraire.  

Grosses voitures et costumes de grand luxe

C’est dans les coffres de Somagui Forestal, la Société guinéenne d’exploitation forestière, que le fils préféré prend très tôt le pli de dénicher les millions de dollars et d’euros nécessaires au financement de son effarant train de vie. Parmi ses lubies, les voitures de luxe, qui l’escortent en convoi de Malibu à Saint-Tropez via Paris. Modèles fétiches : la Bugatti Veyron et la Rolls-Royce Phantom, mais aussi les fleurons des gammes Bentley, Maserati ou Lamborghini. En novembre 2009, 26 joyaux à quatre roues et huit motos -dont cinq Harley-Davidson grand cru- en provenance des États-Unis, transitent ainsi par l’aéroport de Vatry (Marne), avant de rallier Malabo, la capitale équato-guinéenne. Las, la collection sera amputée deux ans plus tard : confisqués par la justice française sur le sol hexagonal, 18 de ces bijoux vrombissants sont mis en vente à Drouot, pour la modique somme de 28 millions d’euros.  

Il y a aussi les costards de grands couturiers à 70 000 euros pièce et la joaillerie de luxe, Teodorino ayant pour habitude d’écumer les maisons les plus huppées de la place Vendôme. Dès 2005, sans doute lassé de régler en cash ses notes faramineuses du Crillon, fameux palace de la Concorde, il s’offre les 4000 m² et les 101 pièces d’un hôtel particulier sis au 42 avenue Foch, dans le 16e arrondissement de Paris. Coût de l’opération : 25 millions d’euros, auxquels il convient d’ajouter 12 millions de travaux d’aménagements, conduits par une brochette d’architectes d’intérieur et de décorateurs.  

Fêtes tonitruantes

Au moins peut-on exposer en ces lieux les antiquités et les oeuvres d’art raflées dans les salles des ventes. En février 2009, via le compte de la Somagui là encore, il acquiert une centaine des lots cédés lors de la dispersion de la collection d’Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé.  

Pied-à-terre cossu, l’immeuble de l’avenue Foch abrite par ailleurs de tonitruantes fiestas. Devant les enquêteurs, un ancien majordome du prince héritier résume sobrement la tonalité de ses escales parisiennes : “Alcool, pute et coke”. Le “42”, officiellement converti en ambassade de Guinée Equatoriale en 2011, fera lui aussi l’objet d’une homérique bagarre judiciaire. Sollicitée par le bataillon d’avocats qu’anime le Français Emmanuel Marsigny, la Cour internationale de Justice reconnaît en décembre 2016 la vocation diplomatique de l’immeuble, interdisant par la même toute mise à exécution de la saisie ordonnée quatre ans plus tôt par les juges tricolores. 

Un arbitrage dont pourraient se prévaloir ce lundi les conseils de Teodoro Nguema Obiang Mangue. 

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